Ultime coup de force avant le chaos

Monique Cochinal

Après avoir méprisé, pendant plus de trois semaines, les gilets jaunes, ces citoyens qui avaient l’audace de se plaindre. Après toute une campagne du gouvernement pour les dénigrer, pour les enfermer dans des mouvements divers : extrêmes droite, extrêmes gauche, révolutionnaires, ils sont devenus des voyous, des casseurs, des radicalisés, et, ce jour, des monstres. Ils sont dangereux (certains même parlent d’aller chercher le Président à l’Elysée pour lui parler). On a bien essayé de dialoguer avec eux, on leur a tendu la main. On leur a même fait quelques concessions, et promis, juste pour un an, la suppression de certaines taxes, après …. On verra. Tout cela, en vain. Ils reviennent tous les jours et tiennent, avant ou après leur travail, des points stratégiques de grande circulation, pour parler aux automobilistes qui les soutiennent, encore à plus de 70 %. Ils se sont organisés pour lutter contre le froid, la grisaille et la pluie. On leur apporte du café, des gâteaux, du pain, de quoi faire des grillades, des cageots de légumes. Ils tiennent bon, en attendant d’obtenir satisfaction. Certains ont même préparé le sapin de Noël qu’ils ont décoré avec les boules qu’on leur a données. Il y a parfois quelques bagarres, mais rien de bien grave, car ils sont non violents, et regrettent toute cette violence à Paris et dans certaines grandes villes de province, et les nombreux dégâts qu’il faudra payer en fin de compte, en ajoutant encore quelques taxes et impôts supplémentaires. Voilà qui agace fortement le gouvernement. Comment supprimer ce mouvement de monstres révolutionnaires, casseurs ?

Notre nouveau Ministre de l’Intérieur : Monsieur Castaner va s’en charger. Pour garder sa place de privilégié au sein du gouvernement Macron, il doit faire ses preuves, car on a dit qu’il avait mal géré les débordements de samedi dernier et mis en danger des policiers. Plus jamais les scènes de saccage et de violence diffusées en direct dans le monde entier, qui voit la France plongée dans une guerre civile. Alors, cette fois-ci, c’est la mobilisation totale. Les consignes sont très sévères. On va faire la chasse aux gilets jaunes. 8900 policiers, gendarmes, CRS seront déployés sur le territoire, dont 8000 hommes à Paris et en banlieue. Quant au matériel utilisé : presque un arsenal de guerre : des véhicules blindés réquisitionnés, très mobiles, capables de broyer toutes sortes de barricades et qui serviront de refuge aux policiers en cas de jets de pierres, pavés, ustensiles de chantier, et autres objets, sans oublier un nombre plus important de canons à eau, de grenades, de gaz lacrymogène. Après le passage en revue de ses hommes et de ce nouveau matériel, Monsieur Castaner, fier de lui, ordonne : « Ne venez pas manifester, restez chez vous. Tous ceux qui n’obéiront pas seront considérés comme des casseurs à abattre ». A bon entendeur, salut ! Et voilà, Monsieur Castaner va-t-en guerre !

Après ce dernier coup de force, notre Président daignera peut-être sortir de son palais, et adresser la parole à son peuple, mais il sera trop tard. Il restera quelques gilets jaunes et à leurs côtés tout le peuple de France, ces « fainéants », ces « gaulois qui se plaignent tout le temps », ces « gaulois récalcitrants », « ces monstres », qui veulent tout renverser. Ce sera la fin du « nouveau monde, et la fin du macronisme ».

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