Lettre ouverte de militaires au Président Macron. Un constat d’échec ? Un signal d’alarme ?

Monique Cochinal

 

Mercredi dernier, le journal « Valeurs actuelles » a publié une tribune de  Jean Pierre Fabre Bernadac, officier de carrière, responsable du site Place Armes, appelant Emmanuel Macron à défendre le patriotisme. La tribune a été signée par une vingtaine de généraux, une centai bbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbbne de hauts gradés et plus d’un millier d’autres militaires (24 127 signataires, le 2 mai).

Dans cette lettre, on y dénonce le « délitement » qui frappe la patrie et qui, à travers un certain antiracisme, s’affiche dans un seul but : créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés. « Délitement » avec l’islamisme et les « hordes de banlieue », qui entraîne le détachement de multiples parcelles de la Nation pour la transformer en territoires soumis à des dogmes contraires à notre constitution. « Délitement », car le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en gilets jaunes exprimant leur désespoir.

Jean Pierre Fabre Bernadac assure que des gens disent qu’ils n’ont plus confiance dans les politiques, mais dans l’armée, évoquant un ras le bol général de la population. Il confirme que les signataires se disent prêts à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation. Il élude tout appel à l’insurrection ou à la guerre civile.

Tout autre son de cloche du gouvernement. On pouvait s’en douter !!! Surtout que la principale opposante du Président Macron, Marine Le Pen, ravie de cette opportunité, a aussitôt assuré qu’elle souscrivait à ces analyses et invitait ces généraux à joindre son action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre , qui est la « bataille de la France ». La réponse de J.P. Fabre ne s’est pas fait attendre : « Pour la sauvegarde de la Nation, nous n’avons pas besoin de Marine Le Pen et du F.N. Je me fiche de la droite comme de la gauche. Ce qui m’intéresse ce sont les gens qui croient encore que ce pays existe, qu’il a des racines et quelque chose à prouver ». Il cite Michel Honfray, un signataire, pas particulièrement un homme de droite.

Pour le Général Dominique Delawarde (2ème s.) : «  86 % des Français estiment que dans certaines villes ou quartiers les lois de la République ne sont plus appliquées. 73 % estiment que la société française se délite….. Ma conclusion est simple, les politiques et ceux qui leur sont liés ne doivent pas se tromper de cible. Au lieu de s’attaquer et de bâillonner ou de sanctionner les lanceurs d’alerte, ils devraient s’attacher à neutraliser les fauteurs de troubles et de violence, souvent connus des services de police qui pourrissent la vie des citoyens honnêtes. Ils devraient s’attacher à reconquérir les territoires perdus de la République. C’est aussi simple que cela et nous, les lanceurs d’alerte, en seront heureux. ».

Après plusieurs jours d’invectives de part et d’autre dans le gouvernement, Florence Parly, Ministre des Armées, a dénoncé, dimanche, cette lettre ouverte des généraux avec des mots sanglants, elle dit : « La tribune irresponsable publiée dans « Valeurs Actuelles » est uniquement signée par des militaires à la retraite, qui n’ont plus aucune fonction dans nos armées et ne représentent qu’eux-mêmes ….. Deux principes immuables guident l’action des militaires vis-à-vis du politique : neutralité et loyauté……. Ces militaires ont enfreint le devoir de réserve….. Je demande au Chef d’Etat Major d’appliquer les règles prévues dans le statut des militaires, donc des sanctions allant jusqu’à la radiation ».

Des sanctions exemplaires sont également demandées par le groupe socialiste et par le groupe écologiste du Sénat, qui veut saisir le Procureur de la République, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale. Le Sénateur Henri Leroy réagit fortement et s’émeut de cette décision des écologistes : « C’est lamentable, c’est ridicule, comment peut-on vouloir envoyer devant la justice des gens qui ont servi la France…… On ne sanctionne pas un appel au secours, on essaie de comprendre ». Le Sénateur des Alpes Maritimes compare la démarche des signataires à celle du Général de Villiers, ancien Chef d’état major des Armées, qui avait démissionné de son poste, en juillet 2017, suite à un désaccord sur le budget de la défense avec le Président Macron.

Jean Paul Thonier, général à la retraite réagit, à son tour, il dit : « Tous les militaires ont le droit de s’exprimer sur tous les sujets. La liberté d’expression, même si elle est codifiée, existe au sein de la force des armées ou sur d’autres sujets intéressant la défense et la sécurité des Français. Le militaire reste crédible à condition d’intervenir avec mesure et clairvoyance dans les domaines qui sont les siens…. Il doit le faire en tant que citoyen sans prétendre parler au nom de l’institution ».

Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense, nous dit : « On ne peut pas reprocher aux militaires de penser à la Nation et de la défendre. C’est ce qui fait leur grandeur. Mais le gouvernement doit, de son côté, respecter l’histoire de l’armée. Emmanuel Macron n’a pas toujours été adroit avec l’armée, car il ne la connaît pas assez ». Il n’apprécie toujours pas certaines déclarations du Président sur la reconnaissance de la colonisation comme crime contre l’humanité, estimant que si c’est un crime contre l’humanité, ce n’est pas un crime de l’armée, c’est celui de Jules Ferry, et donc qu’il ne faut pas faire porter à l’armée des responsabilités qui relèvent du politique. Les militaires ne peuvent pas avoir le sentiment qu’on ne respecte pas le sacrifice de leurs anciens. L’armée française n’est pas composée de gens qui sont dans la repentance.

Politiques, journalistes, éditorialistes, membres du gouvernement sont vent debout. Chaque jour, on analyse, on fait « mousser la sauce » en parlant maintenant de prise de pouvoir par les forces armées, de guerre civile. Qui va calmer le jeu, à quelques semaines des élections régionales ?

Ce matin, un avocat, Maître Le Borgne, tentait de calmer la situation explosive sur le plateau. Quant à lui : «  Il n’y a pas d’appel au putsch dans cette lettre des militaires au Président, mais le constat (comme un bon nombre de Français) d’un problème grave de sécurité dans notre pays, et un certain laxisme de la part de nos gouvernants, semblant dépassés par la situation qui empire chaque jour, d’où la crainte ressentie partout en France.

Les militaires expriment ce qu’ils pensent, Ils sont parfois excessifs et maladroits dans leurs expressions : « hordes de banlieusards, guerre civile imminente », mais cessons de les accabler de tous les noms dans le genre de « fascistes qui prépareraient prochainement un putsch ».