In memoriam …

Cette semaine, le Pr. Bernard Owen nous a quittés pour un monde sans partis politiques, sans société civile, sans élections, sans commission électorale et sans modes de scrutin…

Comme Owen le répétait souvent, la démocratie ne se réduit pas aux élections, mais des scrutins libres, transparents et réguliers en sont une composante essentielle. D’où la nécessité, entre autres, d’une « ingénierie électorale » un peu compliquée et assez méconnue, que ses ouvrages et ses interventions ont contribué à mieux faire comprendre au delà du cercle restreint des « spécialistes » et des « praticiens ». Féru de sociologie politique et de systèmes politiques comparés, Bernard Owen savait en transmettre non seulement les arcanes scientifiques mais surtout la dimension humaine où ses étudiants de toutes nationalités retrouvaient chacun des éléments familiers.

Ecouter le Pr. Owen, discuter avec lui, le seconder dans ses initiatives ou l’accompagner sur le terrain dans des missions d’assistance et d’observation électorale était parfois déroutant mais jamais ennuyeux, souvent divertissant, toujours enrichissant. Et que dire de plusieurs de ses projets collectifs qui ont marqué ceux qu’il y associait : à commencer par son fameux Diplôme d’Université d’administrateur d’élection (dont les « anciens » au fil des promotions successives sont encore très fiers) ou la fondation du Centre d’études comparatives des élections.

Je repense aussi aux Colloques annuels sur le processus électoral, rencontres uniques en leur genre dont il avait eu l’idée et qui agrémentaient cette discipline hors-piste d’une touche de complicité savante, orateurs et participants confondus. La préparation de ces colloques était exercice acrobatique mêlant chaque fois de l’imagination, de la persuasion, un peu d’humour, beaucoup de réflexion et un trait d’improvisation… Un sympathique cocktail qui a valu à Bernard Owen le soutien de plusieurs Présidents successifs de la Commission des Lois du Sénat et la participation enthousiaste d’intervenants prestigieux et fidèles venus d’horizons les plus divers.

Tous ceux qui, comme moi, ont eu la chance de suivre son enseignement ou de travailler à ses côtés garderont du Pr. Owen le souvenir d’un universitaire peu commun, à la fois surprenant et attachant.

Là où il est désormais, nous lui souhaitons bonne continuation : son charme hors d’âge et sa culture éclectique lui ouvriront sans aucun doute une « structure d’accueil » (pour reprendre une formule didactique qui lui était familière) à la mesure de sa pensée originale, profonde et bienveillante.

Michel Laflandre