A Marseille, au congrès

L’Humanité

Monique Cochinal

C’était hier, à Marseille. Le grand beau temps, un ciel très bleu, un beau soleil, un peu de mistral, et une ambiance joyeuse, une foule bigarrée : des jeunes, des adultes, des séniors, heureux de se retrouver en famille, c’est la fête. On attend le grand chef avec impatience : Jean Luc Mélanchon. Le voilà, il arrive … grand sourire jovial, grands gestes, col de chemise ouvert, cheveux volant au vent, tenue décontractée, on est entre amis, lunettes sur le nez, malgré tout, ça fait plus sérieux et c’est surtout très utile pour parcourir les quelques notes posées sur une table près de lui et calées par une grosse pierre, car il y a du vent et les feuilles de papier risquent de s’envoler.

Il sait parler à tous ces gens, il est des leurs, il connait leurs problèmes, leurs difficultés, leurs soucis et aussi leurs aspirations. Son discours est fort bien construit, avec quelques envolées lyriques, quelques slogans, repris en cœur par les auditeurs qui rient, applaudissent. Dans l’ensemble, cette harangue est un peu moins violente que lors de sa dernière campagne électorale, car l’heure est au rassemblement : un appel du pied aux écologistes, les « verts » assez nombreux dans différents pays d’Europe, en évoquant leurs difficultés dans ce gouvernement actuel à faire aboutir leurs revendications bien légitimes pour le bien de toute l’humanité, en remerciant chaleureusement les sympathisants de quelques partis voisins venus assister au congrès. Quel leader ! C’est un vrai spectacle. On ne s’ennuie pas. Il va, il vient, remet en ordre ses cheveux, gesticule, va, de temps à autre, vers la table pour consulter discrètement ses notes, tourne les pages, car, décidément …. Ce maudit vent a mélangé toutes les feuilles !!! Ses amis ont tous les yeux rivés sur lui. On applaudit souvent, on rit  beaucoup, on se lève de sa chaise pour mieux le voir, on brandit son téléphone ou sa caméra pour prendre quelques photos souvenir, on répète les slogans, on hoche de la tête pour approuver. C’est certain, on est convaincu. Après une heure et demie, on se sépare à regret. Quelle belle fête ! Décidément « notre Jean Luc est formidable ». Il est si près du peuple. Il a parlé à tous : ouvriers, employés, migrants, chômeurs, handicapés, séniors, malades, jeunes étudiants, apprentis, croyants, non croyants, peu importe la religion, chacun a le droit de penser ce qu’il veut, à condition qu’il respecte la loi sur la laïcité votée (là, je suis tout à fait d’accord avec lui).

Mais, dans quel but tout cela ? Toujours le même : faire la révolution, renverser cette Vème République complètement pourrie, bien malade, et instaurer la 6ème République, celle du peuple, pour le peuple, anti-européenne, anti ceci, anti cela, anti tout, d’une façon tout à fait démocratique : en glissant dans l’urne, aux prochaines élections européennes, un bulletin du leader désigné par le parti de Mélanchon, le nouveau slogan étant : « élections européennes, élections anti-Macron », mais plutôt anti tout, à mon avis. Ils ne sont pas seuls, ils ont des alliés dans beaucoup de pays d’Europe, et rassemblés, ils gagneront.

Une fois le rideau baissé, une fois la lumière éteinte, une fois la fête terminée, il nous faut revenir vite à la réalité et constater avec tristesse qu’avec de tels slogans, un tel programme, si peu de modération, on ne peut pas gouverner durablement un pays. Alors ….. Espérons dans le bon sens de nombreux électeurs pour que ces élections européennes ne tournent pas au désastre de notre vieux continent.