AFFAIRE BENALLA SUITE Enquête parlementaire

Monique Cochinal

Première journée : Un peu décevante, à mon avis. Gérard Collomb se justifie (c’est normal), ne répond pas directement aux questions posées et renvoie toute la responsabilité sur le Préfet de Police, Monsieur Delpuech. Le Préfet de Police, interrogé à son tour, affirme ne pas avoir donné et ne pas savoir qui a autorisé Monsieur Benalla, en tant qu’observateur parmi les forces de l’ordre, en spécifiant tout de même que tout observateur n’a aucun droit d’interpeler et encore moins de tabasser des manifestants (encore heureux !). Il subsiste, néanmoins beaucoup de zones d’ombre, et on a le sentiment d’entendre, dans la cour de récréation, de jeunes enfants pris en faute : «  ce n’est pas moi, c’est lui » réponse : « non pas moi, c’est l’autre ». Pourquoi celui-ci a fait cela, alors que celui qui devait faire ceci s’interroge entre ceci et cela. Un véritable imbroglio. Décevant, vraiment décevant quand il s’agit de nos représentants nationaux chargés des plus hautes fonctions des institutions de notre pays et surtout de sa bonne gouvernance.

Deuxième journée : rétropédalage du Directeur de l’ordre public : Monsieur Gibelin, interrogé la veille au soir, assez tard. Dans un courrier adressé à la Présidente de la commission, il dit s’être trompé de date et affirme finalement ne pas avoir vu à aucune réunion Monsieur Benalla durant la période de sa suspension. Donc, sanction bien appliquée, Monsieur Benalla … éloigné, Benalla … rétrogradé. Tout a bien fonctionné. « circulez, il n’y a rien à voir » ….

Choses plus sérieuses au Sénat. On n’en conte pas aux sénateurs, ils ont une certaine expérience, une connaissance parfaite des lois, des règles établies, de la Constitution. Ambiance bien différente de celle de l’Assemblée Nationale composée de jeunes recrus, novices en politique, soudés à leur seul Chef et liés à lui, depuis qu’il est devenu Président de la République (élu « par défaut », on ne le répète pas assez). On se soutient, on se serre les coudes, tous unis derrière le chef, en ordre de marche …. On se défile, parfois, mais devant les affaires internes de l’Elysée, devant des remarques faites au Président, silence absolu, Il est « inattaquable ». Depuis le début de ce quinquennat, je me suis souvent demandée pourquoi il en est ainsi. En suivant de plus près ces auditions, le comportement de ces hauts fonctionnaires entourant le Président est toujours le même : on est très correct, on répond le plus sincèrement possible aux questions posées, en gros, sans aller dans les détails, mais à un certain moment d’investigations plus profondes, touchant de plus près le Président lui-même, la réponse est la même : « je ne sais pas, demandez à un tel, et finalement barrage : « je ne peux pas vous dire, je ne dois pas vous dire ». Je crois avoir compris pourquoi ce singulier comportement, en lisant dans ce site un article du journal « Marianne » relatant un fait important signalé dans le journal « Le Parisien » du 5 novembre 2017 : « Macron demande à plusieurs de ses collaborateurs de parapher une clause de confidentialité, cristallisant encore un peu plus l’image d’un chef d’Etat obsédé par le contrôle, conviction chez lui que « la fabrique du pouvoir ne peut pas et ne doit pas se montrer ». Macron semble décidé à envelopper sa pratique du pouvoir d’une « aura de secret »………. ».

Audition, en fin d’après midi au Sénat du Chef de Cabinet du Président. Là, c’est du sérieux. Changement de tactique, il faut désigner un responsable, alors, le Chef de Cabinet est tout indiqué. Il assume toutes les décisions prises pour cette malheureuse affaire Benalla, il est le seul responsable etc….etc … Tout ce qu’on entend dire est faux, vient de l’opposition et est destiné à faire tomber le gouvernement, donc très mauvais. Le Président et son gouvernement ont un engagement envers les Français : poursuivre au plus vite les réformes engagées, rentrer dans ce « monde nouveau », forts, puissants, le Chef en tête, tirant le monde vers le haut « premiers de cordée, je compte sur vous, j’ai besoin de vous etc ….

Seulement, voilà ….. Encore une fois les électeurs ne sont pas dupes : où sont les résultats tant attendus de cette politique ? Quelles sont les méthodes employées ? Est ce qu’on nous dira un jour la vérité ? Pourquoi subitement le Président si bavard se tait ? Qu’a-t-il à nous cacher ? (dernier sondage pour le mois de juillet moins 4 points pour le Président).

On attend la suite avec impatience, mais aussi avec inquiétude. Jusqu’où allons-nous aller ?