Remue ménage à l’Elysée

Monique Cochinal

La belle tour d’ivoire est secouée violemment, depuis peu, et notre Président attaqué de toutes parts. On assiste donc à un semblant de remaniement gouvernemental, confié au Premier Ministre, comme indiqué par notre Constitution. Il doit présenter son nouveau gouvernement au président, qui accepte ou refuse. Une importante charge pour Edouard Phillipe, car il lui faut réussir, sinon …. Pas de gouvernance possible. Le plus ardu reste le choix des nouveaux ministres, qui doivent, en priorité, plaire à notre prince Macron, et autour de lui, les plus fidèles, sentant certainement un épuisement rapide de la méthode macroniste, sont partis pour d’autres aventures. Alors, qui choisir ? Un vrai casse-tête chinois. Cette équipe « macronienne », ces jeunes du « nouveau monde », soi disant « apolitiques », venant en grande partie de la société civile, probablement brillants dans leurs entreprises, ne sont pas forcément efficaces et surtout peu aptes à diriger un ministère (pour preuve : les nombreux couacs observés pendant dix huit mois). Les autres plus âgés, et surtout aguerris en politique, sont partis (Gérard Collomb), ou sont sur le point de partir, mécontents et lassés de leur « magnifique grand chef ». On pense à cette terrible constatation : « quand le bateau coule, tous les rats fuient ».

Il faut dire que le « grand chef » le premier a agi de la sorte pour s’emparer du pouvoir de l’Etat. Petit protégé de François Hollande, il est devenu son ministre, a beaucoup appris en circulant dans tous les couloirs, a bien écouté, a bien regardé et au moment opportun, il a donné sa démission, et a tourné le dos à son protecteur pour accéder au pouvoir, entouré de sa bande. C’était une magnifique épopée, une victoire inattendue pour le candidat Emmanuel Macron au point d’en être grisé.

Mais, les réformes et toutes les lois votées rapidement avec grande autorité ne donnent pas encore le moindre résultat, après presque deux ans de pouvoir ; alors qu’on annonce une reprise économique mondiale. On est déçu, on doute et on geint. Eh oui ! On ose se plaindre.

Ce qui atteint le plus la popularité du Président est son attitude de plus en plus arrogante, méprisante, autoritaire auprès des personnes qu’il rencontre, et qui ouvre la porte à des plaisanteries douteuses bien que philosophiques (le philosophe Onfray, dans sa lettre au Pésident, passe en revue les agissements de plusieurs de ses ministres. Il fait ce qu’il a dit, il suivra jusqu’au bout le cap défini, car c’est le seul possible. C’est lui le chef. Les conseillers, les amis doivent être soumis, et son peuple n’est pas autorisé à se plaindre. Le « jeune loup » n’en fait qu’à sa tête. De nombreuses injustices apparaissent peu à peu. De graves dysfonctionnements institutionnels font jour, surtout depuis l’affaire Benalla, et ce n’est pas terminé. On découvre que plusieurs de nos dirigeants en place sont loin d’être intègres : Richard Ferrand, A. Kohler, Françoise Nyssen et sa protégée Agnès Saal, François Bayrou, le grand défenseur de la loi sur la transparence, préparée sous le quinquennat de François Hollande et votée au début du règne Macron. Et, en même temps, la France est sans gouvernement. A quand la fin du « nouveau monde » ?