Tant va la cruche à l’eau qu’elle se brise. Ou la fin du macronisme

Monique Cochinal

Malgré les blindés dans Paris, malgré un service d’ordre renforcé au maximum, malgré de très nombreuses arrestations musclées, en amont du point de rencontre de la manifestation (certaines fortement contestées), au point de poser un nouveau problème à notre Ministre de la justice : Madame Belloubet, car où mettre tous ces « monstres gilets jaunes », les prisons sont déjà surpeuplées, et les plans des nouvelles à peine élaborés, malgré tout cela, nous avons assisté avec grande tristesse à un quatrième samedi bien sombre de violence et de haine dans la capitale et aussi dans plusieurs grandes villes de province : Marseille, Bordeaux, St-Etienne, Lyon avec, comme maire, notre ancien Ministre de l’Intérieur : Gérard Collomb qui a réussi à calmer les gilets jaunes, nous dit-il, et a pu inaugurer sans dommage (paraît-il) la grande fête des lumières, mondialement connue. Vient le temps du bilan : une catastrophe. Des dégâts matériels très importants partout, des commerçants ruinés, des licenciements en perspective, ce qui pose un nouveau grave problème au Ministre de l’Economie. Sans compter les nombreux blessés (côté policiers et côté manifestants) et même des morts. Là encore, nous devrions être satisfaits et remercier Monsieur Castaner et ses nouvelles dispositions de guerre mises en œuvre pour nous protéger. Il a fait face, cette fois-ci, à cette horde de monstres-casseurs-extrémistes de tous bords……… Et la République est sauvée !

Pourtant, de semaine en semaine, la sourde colère d’une majeure partie du peuple français s’est transformée en violence, et en une haine envers celui que l’on considère comme le seul responsable de cette situation catastrophique, au point de vouloir le renverser, lui et ses fidèles compagnons. C’est la rupture. On entend de plus en plus fort, et de tous côtés, des injures, des menaces telles que « Macron, menteur ! », « Macron, démission ! », « Macron voleur !». Ce matin, j’ai entendu un représentant des gilets jaunes expliquer, calmement, le désamour de ce président, en évoquant sa campagne présidentielle, et les soupçons de l’honnêteté des fonds réunis si rapidement pour la financer, en parlant de la catastrophe des primaires, et de ce dysfonctionnement réel de nos institutions : exécutif et justice, dont les procureurs sont nommés sur ordre du président, et selon son bon plaisir. Ce qui nous a valu une rapide mise en examen du seul opposant valable, vainqueur des primaires, son élimination et le vote, par défaut, de notre Président. Il a évoqué aussi l’honnêteté douteuse de plusieurs de ses fidèles compagnons, qui sont « protégés » par leur chef tout puissant. Ajouter à cela, la suffisance du Président, l’arrogance, les leçons de morale, données à nos voisins européens. Notre très sensé gilet jaune de conclure : « après tout ce temps, comment voulez-vous avoir confiance, comment voulez-vous suivre ces dirigeants qui vous dédaignent, vous culpabilisent, et vous négligent. Comment croire à la concertation, au dialogue, aux belles paroles ? On en a par-dessus la tête ! ». J’ai pensé, avec tristesse, que ce qu’exprimait ce gilet jaune, rejoignait ce que la plupart des Français pensaient tout bas, sans oser l’exprimer. C’est pour cela, probablement, que ce mouvement perdure, et qu’il y a rupture. Tant va la cruche à l’eau, qu’elle se brise.