Que vaut le pouvoir vertical?

Bernard Owen Maria Rodriguez-McKey

Tout récemment, nous avons vu un film allemand sur l’après-guerre, la dernière .Mon père s’y trouvait mais il avait une idée très stricte du secret militaire et je n’ai pas osé l’interroger. Ce film m’a ému, ce qui pour moi est exceptionnel. Après quelques jours j’ai senti le besoin d’écrire ces quelques lignes.

Comment se fait -il que l’Allemagne, la patrie de tant d’hommes remarquables  qui ont travaillé pour bâtir notre monde, se soit effondrée en raison d’institutions défaillantes?  Comment se fait-il que l’être humain,qui maîtrise tout ce qui est la technique, la mécanique, l’électronique. Après quelques essais et tentatives infructueuses,l’être humain s’est mis à voler. En revanche, à travers le monde et à toutes les époques, la façon de gouverner, la notion du vivre ensemble lui a échappé. La politique, la sociologie sont toujours à la recherche de solutions. Le vivre ensemble est proche de nous mais toujours hors de  portée de l’ensemble. Peut-être faudrait-il, en admettant que l’être humain composéde personnes réunissant des pensées et des réactions. Il existe une notion, certes primitive, celle du pouvoir vertical. Le roi en son conseil décide et le chancelier exécute.

Des chercheurs ont réfléchi à diverses solutions. Ils ont mis au point diverses systèmes mathématiques à effets proportionnels. L’inconvénient est que les êtres humains  n’étaient pas que des chiffres  mais des hommes dont les choix et les décisions pouvaient, dans le temps, s’éloigner de la gouvernance à la fois ayant l’autorité nécessaire mais sans excès.

La question n’est pas simple. Nos amis d’outre Rhin  en 1918 ont conçu pour la République de Weimar un système des plus proportionnels.Aussi surprenant que cela puisse paraître à deux reprises, surtout après la crise de 1929 venue des Etats-Unis, nos amis d’outre Rhin se sont trouvé grâce à la proportionnelle, avec un gouvernement composé de cinq partis incapables de se mettre d’accord sur la démarche à suivre. A partir  de cette date nos amis allemands jusqu’en 1932  se sont trouvés avec un gouvernement minoritaire dirigé par un membre du Parti du Centre (Catholique, le Chancelier Einrich Brunig)  soutenu par le Président Hindenburg qui validait les lois  qui lui présentait le chancelier Brunig. La Constitution allemande permettait cette procédure, Celle-ci n’était  en rien démocratique disait le Parti Nazi. A noter que les députés nazi se rendaient à la Chambre en uniforme, ce qui n’était pas permit par la loi.  Le Parti Nazi devenait incontournable.

Nos amis allemands avaient travaillé de façon méthodique sans tenir compte  de l’effet des institutions et du système électoral. Hitler a pris la succession du Président Hindenurg (décédé) et séduit l’armée en la faisant jurer obéissance à sa personne. L’on connait la suite.

Et Mussolini?  L’Italie à ses débuts avait été bien gouverné en utilisant un scrutin majoritaire. Après la guerre de 1914 – 1918 l’on introduit le scrutin proportionnel. Le pouvoir  de la Chambre est morcelé. Mussolini se met au service du gouvernement car les syndicats de la vallée du Pô  avaient pris le pouvoir envahissant communes et hissant les drapeaux rouges sur les villages. Le gouvernement était devenu impuissant. Mussolini, ancien socialiste, proposa de réunir d’ancien militaires (en demie solde ) pour aller de village en village pour rétablir l’ordre et remettre en place le drapeau tricolore. Mussolini, devenu un héros, qui fut salué par la presse internationale, « ce ne sera qu’un feux de paille ». Là   aussi on connait la suite.

Le pouvoir vertical d’un seul homme est dangereux surtout lorsqu’il s’agit d’une personne arrivée récemment en politique. Naturellement, le pouvoir vertical est tout aussi dangereux pour celui qui l’exerce et pour ceux qui doivent l’obéir. Il existe alors peu de contrôle ou quasiment aucun car les dictatures font ressortir ce qui fera appel à toutes sortes de tendances qui se trouvent en nous à des degrés très différents et qui peuvent même donner une impression de danger imminent. Il donne l’occasion au pouvoir vertical de laisser échapper le diable qui se trouve, peut être, dans beaucoup d’entre nous. La politique, la sociologie sont plus complexes qu’elles n’apparaissent.

La notion de structure d’influence électorale et la structure d’accueil pour le vote contre sont méconnus et n’agissent pas de façon uniforme et varient de façon prévisible mais mal connu . Ces notions se situent partout à travers le monde et dans cela est la raison pour laquelle notre enseignement attire nos étudiants qui se déplacent pour apprécier  les institutions politiques qui se devraient d’être exemplaires.

Le système électoral et son effet sur la représentation parlementaire des partis : le cas européen, Bernard Owen, LGDJ.

Proportional Western Europe: The Failure of Governance, Bernard Owen, B., Rodriguez-McKey, Palgrave MacMillan.